Le dico de Raminagrobis (chapître V)
La semaine dernière, Raminagrobis lisait qu’un dictionnaire est un « douteux dispositif académique destiné à entraver l’évolution d’un langage et à en scléroser le fonctionnement » (Ambrose Bierce). Cette définition du diable traduit en fait le sentiment de chacun, conscient ou non, de vouloir que le langage soit immuable. L’immobilité nous rassure. La nouveauté fait naître en nous un sentiment de frustration, d’exclusion… On peut se sentir dépassé face à un langage à la mode, avec ses néologismes et ses engouements.
Personnellement, je suis assez mal « câblée » et quelques expressions manquent à mon vocabulaire pour suivre une conversation !
"Bref, le branché post-moderne intègre la présentification relookée de la sabirisation du langage. Il s’agit là, en fait, d’un non-événement pourtant hyper-porteur, qu’il faut gérer. C’est ça, le caméléonisme du branché-en-devenir. Carrément adrénalitique comme talk, pas yaourt mais complètement holistique. Et tout cela sans décontextualiser. Giga ! A vous décalquer un brancheman basic !"
Je donne ma langue au chat ! ! !
La langue se meut et pour m’aider, Raminagrobis m’a dégotté le « Dictionnaire du français branché » de Pierre Merle. Cet ouvrage date des années 80/90, mais certaines expressions ont encore cours aujourd’hui, d’autres marquent leur temps. A vous de juger !
En tout cas, ce dico a beaucoup amusé notre félin, un peu débordé par la florescence du vocabulaire ambiant.
Voici un petit aperçu pour les curieux… Pour tout autre problème de compréhension, allez carrément consulter le Dictionnaire du français branché, suivi du Guide du français tic et toc de Pierre Merle !
On trouve, par exemple, dans ce dictionnaire…
Addict : fou et dépendant. Dans une publicité restée célèbre pour le chocolat Lanvin, considérée aujourd’hui comme un morceau d’anthologie, Salvador Dali aurait pu s’exclamer : « Je suis addict… du chocolat Lanvin ! » Ce mot anglais (« qui s’adonne à… ») vient naturellement de l’univers de la drogue dure, et s’emploie beaucoup par dérision.
A la limite : un tic de langage quasi historique des années quatre-vingt, au même titre que c’est pas évident ou j’vais t’dire. Sorte de précaution oratoire préfabriquée servant à prévenir son interlocuteur de l’énormité qu’on s’apprête à lui sortir : « A la limite, on peut se demander si François Mitterrand ne roule pas pour Raymond Barre ! » (ce genre d’exemple inutile caractérise vraiment l’époque de l’ouvrage…)
BCBG :
abréviation bien connue de bon chic bon genre (de bon ton). En 1986, on préfère
nettement CCCG (cravate club complet gris) pour les hommes , et FHCP (foulard
Hermès collier de perles) pour les femmes. Pour l’hebdomadaire Télérama du 7
juin 1986, le look de l’acteur Bernard Giraudeau se situe « entre Tintin
baba-cool et Fanfan la Tulipe BCBG » (définition qui m'amuse !!!)
Ou encore :
Beauf : « Pop., abréviation de beau-frère », dit le Larousse. Au seuil des années soixante-dix, le dessinateur Cabu annexe le mot pour en faire, en caricaturant un patron de bistrot qu’il connaît bien, un nouveau symbole du Français moyen dans tout ce qu’il peut avoir, à ses yeux, d’abject et de vulgaire : adipeux, hirsute, teigneux, bourré de certitudes, réactionnaire, raciste, anti-jeunes, misogyne mais vicieux, fourbe, veule, odieux, alcoolique, il aime le football, joue au tiercé et lit le Parisien libéré. De fait, le beauf imaginé par Cabu (pour l’hebdomadaire satirique Hara-Kiri) remplace le petit personnage « Français moyen » à béret et baguette de pain, dans l’inconscient collectif du branché. Ce petit personnage étant désormais perçu (humour féroce ou « bête et méchant » oblige !) comme trop anodin, trop inoffensif. Le beauf, cela va sans dire, est l’ennemi héréditaire du baba-cool (et réciproquement). Syn. Dupont-la-joie.
Colis : jolie fille, plutôt allumeuse (fréquemment employé par Franck Margerin dans ses BD). Voir canon. Autre syn. paquet (un brin plus vulgaire), loute, belette, quatre heures. Ant. boud’. NB : rien à voir, donc, avec l’argot, où colis, nettement péjoratif, désigne une prostituée ordinaire, qu’on exportait au siècle dernier et au début du nôtre (XXème, donc !), sur d’autres continents, dans un but évident de rentabilité accrue !
. . .
Fanzine : contraction décontractée de fan (fanatique, dingue de) et de magazine. S’inspirant de modèles pêchés dans la presse underground américaine, les fanzines sont des journaux bricolés à peu de frais par des fanatiques de rock, de BD, de cinéma ou d’autre chose, tirés à cinquante ou cent exemplaires, rarement davantage, et que l’on peut trouver (parfois au prix « amical » de 10 francs) dans certaines librairies « mécéniques » parisiennes.
Yes-man : équivalent anglais de béni-oui-oui, mais (peut-être sous l'influence de la langue québécoise) beaucoup plus prisé. Dramatisation : lèche-cul. NB : les yes-men vivotent souvent aux dépens de ceux qui les écoutent. C'est pourquoi, parfois, ils finissent par ourdir quelque complot contre leur maître....
Finalement, ce dico est complètement ringard et j'ai bien fait comprendre au chat qu'il est, pour lui, tout à fait dépourvu d'intérêt !
Par Kriska, Vendredi 28 Mar 2008 à 23:41 GMT+2 dans Le Chat, des maux et des mots (article, RSS)






